Le deuil animalier chez l’enfant et l’adolescent

Face à la mort l’enfant est en présence d’un mystère dont il ne peut que mesurer l’intensité et la profondeur. Il est de la responsabilité de son entourage de lui apporter écoute, réconfort et disponibilité.

La mort d’un animal est souvent la première fois que le jeune expérimente la rupture d’un lien affectif définitif avec la disparition physique de l’autre. C’est la première occasion où des questions existentielles peuvent fuser et les familles ne sont pas toujours prêtes à répondre aux besoins de l’enfant.

Rapide aperçu des différentes perceptions de la mort par tranches d’âges chez l’enfant :
  • avant 3 ans : il ne comprend pas le concept de la mort. En revanche, il va ressentir toutes les émotions qui s’articulent autour de lui. Il va par exemple absorber la tristesse de ses proches. La mort reste pour lui l’équivalent de la séparation ou d’une absence prolongée. Cela aura des conséquences sur l’équilibre psychosomatique du bébé qui va ressentir de l’abandon et la détresse de ses proches qui ne sont plus en capacités de s’occuper de lui comme d’habitude.
  • 3 – 6 ans : le concept de la mort se précise mais n’est pas encore réel. La mort peut être provisoire avec les jeux où l’on meurt mais où l’on ressuscite toute de suite après. La mort est donc réversible mais peut aussi être contagieuse. Il est dans une phase d’affirmation de soi, il est au centre de l’univers. Par conséquent, l’enfant craint la séparation et peut se croire coupable/responsable de tous malheurs que traversent ses proches. Il peut vivre aussi sa première expérience face à un animal décédé et constater l’arrêt des fonctions vitales du corps ou son immobilité. L’enfant va poser beaucoup de questions car pour lui la mort de l’animal n’est pas définitive. Il peut attendre un retour.
  • + 7 : le caractère irréversible de la mort commence a être intégré. La mort peut être personnifiée et dessinée. L’enfant lie la mort à la vieillesse et à la maladie. Cette finitude peut bouleverser les plus anxieux. Il peut se sentir différent des autres lors d’un décès qui touche sa famille et par conséquent ; il peut penser se protéger en essayant de masquer ses sentiments. Son mal-être peut se traduire par des troubles du comportements.
  • 10 ans : l’enfant comprend qu’on peut mourir avant d’atteindre un âge avancé. Il découvre le caractère universel de la mort. Il a besoin de comprendre les vraies causes d’un décès. Il peut commencer à réfléchir et à questionner sur l’existence, le sens de la vie, sur ce qu’il y a après la mort.
Ce dont l’enfant à besoin lors du deuil de son animal :

Le décès d’un animal domestique peut être, pour l’enfant, son premier contact avec la mort. Dans un environnement sécurisant, il est possible d’instaurer des repères pour une construction émotionnelle solide, tout en évitant que la mort devienne un sujet tabou.

  • si la mort est prévisible (fin de vie de l’animal, longue maladie) : l’enfant a besoin de savoir et d’être préparer à ce qui va suivre.
    • Annoncer la maladie et la mort à venir de l’animal. On peut expliquer à l’enfant que l’animal qu’il était âgé et que son cœur s’est arrêté de battre.
    • Expliquer l’euthanasie si il y a lieu.
      • Utiliser des phrases et mots très simples : « Minou être malade : ses poumons ne fonctionnent plus. Minou est mort. »
      • Utiliser des phrases abstraites comme « Il est parti », « Il dort », n’aidera pas du tout l’enfant à comprendre et peut provoquer l’attente d’un retour. L’incohérence des événements risque de le perturber d’avantage et de laisser des traces. On ne ment pas à un enfant.
  • besoin de participer : laisser le choix à l’enfant de participer à chaque étape des au revoir ; chez le vétérinaire, à la maison, le choix de la destination du corps, les souvenirs à garder ou non, les hommages comme des dessins, des décorations, des poèmes rédigés, une cérémonie dans le jardin ou dans un lieu du foyer où l’animal avait ses habitudes.
  • besoin de parler ou pas : questionnez de temps en temps l’enfant sur ses souvenirs de l’animal afin de surveiller son état émotionnel. Il comprendra qu’une porte sera toujours ouverte s’il en ressent le besoin, ce qui sera très sécurisant pour son développement.

Toujours veiller à ne pas minimiser les faits ! Il n’y a pas d’échelle de tristesse ; un enfant peut être déprimé d’avoir perdu son poisson rouge ! Les émotions sont individuelles d’un enfant à l’autre et dépendent de l’attachement qu’il avait pour cet animal. 

Les phrases à dire :

  • Tu as le droit d’être triste.
  • Tu as le droit de pleurer.
  • Tu as le droit d’être en colère.
  • Ce n’est pas de ta faute.
  • Veux-tu qu’on parle de {nom de l’animal} ?

Chez l’adolescent :

L’adolescent a pu grandir depuis de nombreuses années avec l’animal, un véritable lien a eu le temps de se créer. Durant l’adolescence, l’animal peut représenter un véritable soutien et un refuge émotionnel important pour l’adolescent.

En effet, rappelons-nous que l’animal ne juge pas, ne fait jamais de reproche, ne ment jamais et est une présence douce, silencieuse, apaisante. Les animaux sont bénéfiques au développement des enfants notamment dans leurs capacités sociales, cognitives et dans le développement de l’estime de soi.

Beaucoup d’adolescents vivent une profonde solitude : peu d’amis, relations uniquement virtuelles, harcèlement scolaire. L’animal est alors leur unique source de réconfort quotidien et devient un pilier, un confident unique.

Un jeune adulte qui apprendra la mort de son animal de jeunesse (alors qu’il a quitté la maison) pourrait aussi avoir l’impression qu’une partie de sa vie meurt avec lui.

L’adolescent peut nous dérouter par son absence de chagrin ou par la mise en place de mécanisme défensifs pour se protéger et préserver une façade extérieure. Le risque est le blocage du processus de deuil.

Il peut avoir des réactions paradoxales avec des réactions émotives très intenses. Parfois, la cause peut être un ancien décès dont l’enfant avait été éloigné. L’adolescent n’a donc pas pu participer aux rituels d’au revoir ce qui l’a empêché de vivre ses émotions. La mort de son animal va raviver tout ce qui n’avait pas pu être exprimé.

La période de l’adolescence a la particularité d’être elle-même une transformation, une période d’instabilité et un deuil de l’enfance. L’adolescent essaie lui-même de se créer une nouvelle identité souvent seul par pur instinct. Il préférera peut-être parler de son deuil à ses amis plutôt qu’à sa famille.

Restez vigilant. Une tristesse qui perdure, des insomnies, des difficultés scolaires doivent alerter. Il peut y avoir aussi perte de sommeil, d’appétits et des comportements auto destructeurs. Ces cas peuvent se manifester quand le jeune ne se sent pas reconnu dans sa souffrance. Les parents pensent connaître leur enfant mais avec les jeunes, il ne faut jamais rien tenir pour acquis.

Cependant chaque enfant est unique et peut réagir différemment à la perte de leur animal. Il faut donc prendre le temps d’en discuter. Le deuil peut durer de quelques semaines jusqu’à plus d’un an en fonction de la maturité affective du jeune, de son lien avec l’animal et de son histoire personnelle.

Il se peut que votre ado ne veuille pas vous parler de son deuil, il faudra respecter cela aussi mais lui faire comprendre que vous laissez la porte ouverte au dialogue.

Les phrases à dire :

  • Tu ne parles pas beaucoup de {nom de l’animal}. Comment tu te sens depuis que {nom de l’animal} est décédé ?
  • Je suis là si tu veux en parler. Je sais qu’il était important pour toi.

Dans tous les cas :

  • Ne jamais mentir.
  • Employer le mot « mort » ou des expressions précises, exactes « son cœur a arrêté de fonctionner ».
  • Encourager l’enfant à s’exprimer sans insister.
  • Valider la douleur vécue par l’enfant.
  • Ne jamais minimiser l’importance qu’avait l’animal pour l’enfant.
  • Déculpabiliser.
  • Faire participer l’enfant aux gestes d’au revoir.
  • Ne pas adopter un autre animal rapidement.
  • Restez vigilant.

Bibliographie :

Un classique indispensable pour aborder le deuil et le réconfort du souvenir. Un matin, les amis de Blaireau se rassemblent devant sa porte. Ils s’inquiètent parce que leur vieil ami n’est pas venu pour leur dire bonjour comme d’habitude. Un ton juste, beaucoup de finesse et de sensibilité : pour aborder avec espoir le thème de la disparition d’un être cher.

Evan et son chien sont inséparables. Par-dessus tout, ils aiment prendre soin de leur beau jardin : tout ce qu’ils y plantent devient majestueux. Mais un jour, l’impensable se produit : le chien d’Evan meurt.
La vie s’arrête pour Evan, et son jardin lui devient intolérable. En proie à une colère terrible, il le saccage à coups de cisailles, avant de laisser les mauvaises herbes l’envahir et le transformer en lieu de désolation. Jusqu’au jour où une pousse sinueuse se glisse sous le portail, donnant naissance à une citrouille qui grossit, grossit…

Ce livre s’adresse aux parents d’enfants de 3 à 12 ans confrontés à la mort d’un de leurs proches, d’un animal de compagnie ou autre. Parler de la mort à ses enfants est parfois délicat et les parents ne savent pas toujours sur quoi se baser pour leur dire les mots justes qui leur donneront une compréhension à la fois réaliste et apaisante.

Crédit photo : Catherine Falls Commercial – Getty Images

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