Aujourd’hui, je souhaite parler d’une épreuve particulièrement difficile pour les amoureux des animaux. Elle mêle impuissance, désarroi et culpabilité. Pourtant, cette impasse est une réalité à laquelle il vaut mieux se préparer. La mort est pour tous êtres vivants, humains et animaux. Faire comme si elle n’existait pas ajoute beaucoup de difficultés à la séparation, au deuil.
Par ce témoignage, j’espère libérer une certaine forme d’expression autour du deuil animalier.
C’était il y a bientôt 3 semaines mais c’était hier à la fois. Durant 7 jours, j’ai accompagné ma mère et la fin de vie de son compagnon chat : Sandro.
Nous avons eu des chats toute notre vie, chaque mort est un défis, chaque mort est différente, chaque chat est un individu à part entière. La séparation est toujours douloureuse.
Bien que Sandro fut un vieux chat et a eu de belles années dans notre maison, sa maladie est apparue assez brutalement. Il avait du liquide dans le ventre qui revenait sans cesse. Cela l’épuisait et l’empêchait de se nourrir. Il était de plus en plus fatigué. Nous avons un très bon vétérinaire qui a su nous expliquer la situation avec tact. J’en remercie le ciel car je sais que c’est pas toujours le cas !
Nous avons fait plusieurs visites chez le véto, redoutant à chaque fois les résultats d’analyse et le diagnostic. Maman était très inquiète et nous avons compris assez tôt que Sandro était en fin de vie. Mais quand est-ce que l’instant fatidique arriverait ? Nous ne savions pas. Il s’est passé plus d’une semaine dans le brouillard.
Je demandais chaque matin des nouvelles de Sandro à ma mère et surtout s’il avait mangé? Son état était à surveiller chaque heure. Puis, après une visite chez le vétérinaire, nous avons compris que s’il restait encore 4 jours sans manger, il faudrait prendre la décision d’abréger son mal-être.
Effectivement, Sandro ne voulait plus manger et il commençait à adopter des comportements inhabituels. Ses derniers plaisirs furent ses siestes dans notre jardin. Il y restait des heures mais ne s’alimentait toujours pas.
Je passais régulièrement le voir, je lui faisais quelques caresses mais nous comprenions qu’il ne voulait plus être manipulé et trop dérangé. A cause de son ventre gonflé, il ne pouvait pas se coucher comme il le souhaitait. Après un appel chez le vétérinaire, nous avons décidés que les douleurs de Sandro devaient cesser.

Afin que ma maman puisse se consacrer à Sandro, j’ai commencé quelques recherches. En effet, j’avais lu le livre « J’accompagne la fin de vie de mon animal » de Yessenia Alves Leiva. Son contenu m’a beaucoup aidé et m’a informée qu’il était possible de pratiquer des euthanasies à domicile.
J’ai donc trouvé un organisme d’urgence vétérinaire dans notre région qui proposait ce service. Cela nous semblait le plus doux pour Sandro. Auparavant, nous avions déjà euthanasié certains chats chez le vétérinaire : le trajet fut toujours un supplice. Autant pour l’animal que pour nous, qui sachions ce qui allait se passer.

Sandro était au jardin, je laissais maman avec lui et je surveillais la venue de la vétérinaire. J’ai pris en charge le côté logistique afin que maman et Sandro passent leurs derniers instants ensemble le plus tranquillement possible. Nous avons quand même dû rentrer Sandro dans la maison par sécurité. En effet, une euthanasie se déroule en deux temps : en deux piqûres. Il fallait éviter qu’il s’enfuit en ayant reçu le premier anesthésiant, au risque de s’effondrer n’importe où.
Nous avons choisi une place où Sandro aimait particulièrement se coucher : le pied du lit de ma mère. Tout s’est bien passé ; maman et moi caressions Sandro alors qu’il s’endormait et que son petit corps ne s’animait plus. Nous avons eu tout notre temps, ce qui est extrêmement précieux.
Inspirée d’autres traditions du monde, j’ai tenu à décorer le corps de Sandro avec des fleurs du jardin : symbole des cycles de la vie qui perdurent. Avant de pouvoir l’enterrer, nous l’avons placé dans un carton avec une serviette, sur le rebord de notre terrasse où il aimait prendre le soleil.
La tombe n’était pas encore prête.

J’ai dû partir en déplacement le lendemain, mais maman n’était pas seule pour creuser la tombe et enterrer Sandro. Cependant, je lui ai fait une petite requête : jeter dans la tombe une poignée de croquettes que mon compagnon et moi avions l’habitude de donner à Sandro lorsqu’il passait faire un tour chez nous.



Pour moi, la mort de Sandro a réveillé le deuil de mon père car il est profondément lié à sa mort. Mon père était un cartésien qui ne croyait en rien d’invisible, mais il aimait plaisanter de son vivant en disant : « quand je serai mort, je t’enverrai un chat ». Mon père est décédé en août 2018, 4 mois plus tard, Sandro était dans la rue devant notre porte ! Que faut-il en penser ? Pour nous c’était une évidence, un signe de mon père depuis l’autre côté. Il était donc physiquement encore un peu là.

La mort de Sandro marque la fin d’une ère dans notre famille, une transformation douloureuse mais qui annonce un renouveau encore inconnu. Alors, merci Sandro de nous avoir apporté ta douceur, ton calme, ton apaisement et bien sûr ton amour. Tu aimais tellement te promener au jardin, tu y générais de la paix, de la sérénité. Tu voyais des choses aussi que nous voyions pas et tes réactions nous faisaient rire. Tu étais tellement mignon et adorable. Je te dis au revoir, et à plus tard !
Bérénice

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